L’URPS sages-femmes a mené en Février 2026, auprès des sages-femmes libérales dont elle a les coordonnées, une enquête sur les conditions de la pratique des IVG en ville. 175 réponses ont pu être recueillies et les résultats ont été présentés à l’ensemble des acteurs participant à la réunion de concertation organisée en Mars 2026 par l’Agence Régionale de Santé en vue de l’actualisation du plan régional IVG.
Les Sages-Femmes Libérales, Actrices Clés de l’IVG en Ville
Un engagement croissant, mais des disparités
Parmi les sages-femmes répondantes, 40,6 % pratiquent déjà l’IVG médicamenteuse, une proportion en hausse depuis la libéralisation progressive des compétences des sages-femmes. 41,2 % des non-pratiquantes n’envisagent pas de s’y former, tandis que 35,3 % souhaitent se lancer — un signal fort de l’intérêt pour cette pratique, malgré certains freins.
Formation et Conventionnement : Des Obstacles à Lever
Si 66,2 % des sages-femmes déclarent n’avoir rencontré aucune difficulté pour accéder à une formation, 10,5 % ont été confrontées à des obstacles majeurs :
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- Les délais d’attente (cités par 68,8 % des concernées) restent le frein numéro un.
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- Les contraintes personnelles (stages trop longs, frais de formation) et les difficultés financières (12,5 %) compliquent aussi l’accès à la formation continue.
Les journées de formation, à réaliser en établissement, sont aussi parfois une étape difficile puisque 15,75% des sages-femmes interrogées déclarent avoir rencontré des difficultés parmi lesquelles : des contraintes personnelles pour 44%, des établissements difficilement joignables pour 44% et des refus des établissements par manque de place ou sans raison pour 32% des sages-femmes ayant exprimé des difficultés.
Côté conventionnement, seulement 45,9 % des sages-femmes n’ont pas rencontré de problèmes pour signer une convention avec un établissement.
Les autres évoquent :
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- Des relances multiples et des délais de réponse interminables (raison la plus fréquente).
- La difficulté à identifier l’interlocuteur compétent dans les établissements.
- Des refus parfois injustifiés, sans motif clair.
IVG chirurgicale : un élargissement récent des compétences des sages-femmes
20,5% des sages-femmes répondantes déclarent vouloir pratiquer les IVG chirurgicales. Pour 27,4%, cela dépendrait des modalités et 8,2% se montrent hésitantes à les pratiquer.
79.5 % des sages-femmes ayant répondu à la question sur l’ouverture à l’IVG chirurgicale considèrent que les établissements devraient ouvrir leur plateau technique aux sages-femmes libérales qui souhaitent réaliser des IVG chirurgicales, un levier intéressant pour améliorer l’accès à l’IVG chirurgicale aux femmes.
Une Prise en Charge Réactive
Des Délais de Rendez-Vous Très Courts
L’enquête souligne une réactivité remarquable des cabinets de sages-femmes libérales :
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- 98,7 % des patientes obtiennent un premier rendez-vous en moins d’une semaine (dont 52,1 % en 1 à 2 jours).
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- 83,6 % des rendez-vous sont pris via Doctolib
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- 69,9 % réservent des créneaux dédiés à l’IVG dans leur agenda, garantissant une accessibilité optimale.
60,3 % des professionnelles ne proposent pas le premier rendez-vous en téléconsultation, une pratique qui pourrait être repensée pour faciliter l’accès aux femmes éloignées géographiquement ou en situation de vulnérabilité.
Zoom sur l’Échographie de Datation
Même si l’échographie de datation n’est pas obligatoire, seules 5,34% ne réalisent pas d’échographie de datation systématique.
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- 50,6 % des sages-femmes réalisent elles-mêmes l’échographie de datation afin d’écarter un risque de grossesse extra-utérine (GEU).
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- 30,6 % collaborent avec une consœur échographiste, tandis que 9,5 % des patientes doivent trouver elles-mêmes un rendez-vous en externe.
Les sages-femmes déclarent certains dysfonctionnements rapportés par les patientes lors des échographies externes :
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- Facturations abusives et propos inappropriés (tentatives de dissuasion, jugements moralisateurs) sont régulièrement signalés.
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- Seules 23 % des sages-femmes estiment que leurs patientes ne rencontrent jamais ces problèmes, contre 27,4 % qui les jugent réguliers.
L’Accompagnement de l’IVG : Un Suivi aléatoire
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- 69,9 % des sages-femmes orientent leurs patientes vers une conseillère familiale ou un centre de planification partenaire pour les patientes qui manifestent le souhait d’un entretien psycho-social.
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- 17,8 % les adressent à des psychologues, et 12,3 % déclarent ne pas avoir de solution d’orientation — un angle mort dans le parcours de soins.
Malgré les rappels (pratiqués par 52 % des sages-femmes), 78 % constatent quand même des patientes perdues de vue pour la consultation post-IVG. La téléconsultation, proposée régulièrement par 38,4 % des professionnelles, pourrait être une piste pour améliorer l’observance des consultations de contrôle.
Ville-Hôpital : Une Coopération à Consolider
Des Relations Inégales
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- 39,7 % des sages-femmes qualifient leur relation avec les centres hospitaliers de fonctionnelle, mais 30,1 % la jugent inexistante. 9,6% des répondantes qualifient la relation de réelle coopération mutuelle, et 16,4% la jugent satisfaisante.
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- 71,2 % des établissements conventionnés n’organisent aucune réunion périodique pour actualiser les protocoles ou maintenir le lien selon les sages-femmes répondantes, un axe d’amélioration pour renforcer l’intérêt de la convention.
Les Urgences Post-IVG : Des Motifs Récurrents
Dans les suites de l’IVG, les sages-femmes sont amenées à réadresser leurs patientes aux urgences pour :
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- Saignements trop importants (63 %).
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- Absence de saignements (49,3 %, signe possible d’échec de l’IVG).
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- Douleurs intenses (41,1 %).
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- Dégradation de l’état général dont hyperthermie (26 %).
La majorité des sages-femmes est à l’aise avec les critères d’orientation aux urgences lors de la consultation post-IVG. L’information pourrait néanmoins être renforcée via des temps d’échanges entre établissements et sages-femmes impliquées.
71,2% des sages-femmes disent orienter les patientes avec une fiche de liaison sans avoir de retour de la prise en charge contre 15,1% qui ont un retour.
11% des sages-femmes contactent les urgences par téléphone et la communication est fluide. L’orientation est difficile dans 2,7% des cas.
Les Pistes d’Amélioration Issues de la Réunion du 11 Mars 2026
La réunion régionale organisée par l’ARS Île-de-France a permis de dégager des orientations concrètes pour améliorer l’accès à l’IVG, en s’appuyant sur les échanges.
Les échanges ont permis de dégager plusieurs enseignements transversaux en vue de l’actualisation du plan régional de facilitation de l’accès à l’IVG en Île-de-France :
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Une meilleure connaissance des parcours et des difficultés d’accès à l’IVG constitue un enjeu central pour objectiver les freins rencontrés par les femmes et orienter efficacement les politiques publiques. À cet égard, le développement d’outils de suivi, la réalisation d’audits et la conduite d’études complémentaires, notamment auprès des femmes concernées, apparaissent essentiels.
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Le renforcement de la lisibilité de l’offre et de l’accès à une information fiable est nécessaire. Cela implique d’améliorer la visibilité des dispositifs existants (annuaire IVGlesadresses, site IVG.gouv) et de diversifier les supports d’information afin de toucher un public élargi, en particulier les jeunes.
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Le maintien d’une offre hospitalière robuste demeure un pilier de l’accès à l’IVG, en particulier pour les situations nécessitant une prise en charge instrumentale ou des parcours complexes. La stabilisation des équipes, l’identification d’unités dédiées et une organisation territoriale structurée de l’offre sont des leviers déterminants.
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Le développement de l’IVG en ville constitue une opportunité pour améliorer l’accessibilité et renforcer l’offre de proximité. Cette évolution suppose toutefois de garantir une articulation étroite entre la médecine de ville et l’hôpital, afin d’assurer la continuité et la sécurité des parcours.
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La nécessité de renforcer les dynamiques de coordination entre les différents acteurs a également été soulignée, en particulier entre les professionnels de ville, les établissements de santé, les réseaux de périnatalité, les associations et les institutions.
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Enfin, les échanges ont mis en lumière l’importance de garantir une équité d’accès à l’IVG pour toutes les femmes, notamment pour certains publics ou situations spécifiques (mineures, femmes sans droits ouverts, situations de vulnérabilité), ainsi que de réduire les disparités territoriales.
Prochaines Étapes
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- Rédaction d’un document de synthèse d’ici fin 2026, intégrant les contributions de tous les acteurs.
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- Publication d’un décret avant la fin de l’année, pour acter les simplifications administratives et renforcer les droits des femmes.
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- Poursuite des concertations entre la ville et l’hôpital, avec l’objectif de réduire les disparités territoriales et d’assurer un accès équitable à l’IVG sur tout le territoire francilien.
Conclusion
L’enquête de l’URPS Sages-Femmes Île-de-France et les travaux de la réunion régionale du 11 mars 2026 dessinent un paysage contrasté : des progrès indéniables dans l’accès à l’IVG en ville, portés par l’engagement des sages-femmes libérales, mais aussi des défis persistants en matière de formation, de coordination et d’équité territoriale. Les pistes d’amélioration identifiées — simplification administrative, renforcement des liens ville-hôpital, meilleure visibilité des professionnels — offrent une des perspectives d’amélioration.
Pour les sages-femmes, ces avancées pourraient se traduire par un cadre d’exercice plus serein, avec moins de contraintes administratives et une reconnaissance accrue de leur rôle. Pour les femmes, l’enjeu est double : garantir un accès rapide et bienveillant à l’IVG, tout en luttant contre les inégalités sociales et géographiques qui persistent.
Rédigé à partir des données de l’URPS Sages-Femmes Île-de-France (février 2026) et du compte rendu de la réunion régionale de l’ARS (11 mars 2026).
